Je
vis un ange blanc qui passait sur ma tête ; Son vol éblouissant
apaisait la tempête, Et faisait taire au loin la mer pleine de
bruit. - Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ? Lui
dis-je. - Il répondit : - je viens prendre ton âme. - Et j'eus
peur, car je vis que c'était une femme ; Et je lui dis, tremblant
et lui tendant les bras : - Que me restera-t-il ? car tu
t'envoleras. - Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre
assiège S'éteignait... - Si tu prends mon âme, m'écriai-je, Où
l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu. Il se taisait
toujours. - Ô passant du ciel bleu, Es-tu la mort ? lui dis-je,
ou bien es-tu la vie ? - Et la nuit augmentait sur mon âme
ravie, Et l'ange devint noir, et dit : - Je suis l'amour. Mais
son front sombre était plus charmant que le jour, Et je voyais,
dans l'ombre où brillaient ses prunelles, Les astres à travers
les plumes de ses ailes.
Auteur:Victor
HUGO
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