un beau conte libanais illustrant l'importance du chemin de vie et de savoir
profiter de l'instant présent sans procrastination
excessive...
Un jeune homme
pauvre décide un jour d'aller consulter un vieux sage au sommet d'une montagne
et de lui demander des conseils pour changer son destin. En chemin, il rencontre
un derviche qui l'accompagne parce que son chemin va dans le même sens. A la
sortie de la ville, ils passent près d'un grand arbre dont le tronc creux laisse
couler du miel.
- Retourne en
ville, dit le derviche et ramène deux jarres. Ce miel pourra te rapporter dix
dinars d'ors.
- Crois-tu que
j'aie le temps ? Ne t'ai-je pas dit que je cherche l'homme qui m'aidera à
changer mon destin ? Allons, pressons le pas !
Les deux hommes
continuent leur chemin et s'arrêtent dans une forêt pour permettre à leurs ânes
de se reposer. Une heure plus tard, un homme arrivant en chantant et conduisant
devant lui un âne chargé de deux jarres pleines de miel. Le derviche regarde le
jeune homme en souriant...
- Ce miel ne
provient peut-être pas du même arbre; et puis j'aurais pu me faire piquer par
les abeilles ! dit le jeune homme en enfourchant sa
monture.
Dans une
rivière, à quelques lieux de galop, ils aperçoivent un gros poisson qui
s'étrangle et qui essaie, en vain, d'attraper une herbe au bord de la
rivière.
- Donne-lui
l'herbe, il semble en avoir besoin, dit le
derviche.
- Je n'ai pas le
temps de m'arrêter, te-dis-je. Je cherche à changer mon
destin.
Une heure plus
tard, un homme à cheval arrive à leur hauteur :
- Aujourd'hui je
suis le plus heureux des hommes; je viens de donner une herbe à un poisson qui
s'étranglait et, vous n'allez pas me croire, le poisson a fini par cracher dans
ma main une perle rare qui s'était coincé dans son gosier. Cette perle vaut une
fortune, je sais de quoi je parle car je suis joaillier
!
Le jeune homme
garde le silence mais pousse son âne pour aller encore plus vite. Au milieu de
l'après-midi, ils passent près d'un rocher qu'une colonie de fourmis essaie en
vain de déplacer.
- Si on
s'arrêtait pour voir un peu comment elles vont s'y prendre
?
- Derviche, tu
me fatigues à la fin ! Je veux arriver au sommet de la montagne avant la
nuit.
Ils n'étaient
pas encore parvenus au pied de la montagne qu'ils entendent deux bergers qui
arrivent en devisant gaiement. Ils ont aidé des fourmis à déplacer un rocher qui
cachait un coffre plein de pièces d'or. Ce coffre empêchait les fourmis
d'agrandir leur royaume souterrain.
Le derviche
regarda le jeune homme :
- A vouloir te
presser pour arriver, tu as fini par n'arriver nulle part. Trois fois, tu as
laissé échapper ta chance parce que tu n'avais pas le temps de t'arrêter pour
regarder de plus près.
- Mais de quoi
te mêmes-tu ? Et puis pourquoi n'as-tu pas fait toi-même ce que tu me demandes
au lieu de me donner des leçons ?
- Je ne pouvais
pas le faire moi-même, je ne pouvais qu'attirer ton attention, parce que c'est
moi qui suis ton destin.
Et le derviche
disparut, laissant le jeune homme seul au pied de la
montagne...
Comme dit Etty
Hillesum, "Il faut oublier des mots comme la Peur, la Mort, la Souffrance,
l'Éternité. Il faut devenir aussi simple et aussi muet que le blé qui pousse ou
la pluie qui tombe. Il faut se contenter d'être."
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